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  • Il y a 16 ans, Ilan Halimi était kidnappé, séquestré, torturé et assassiné parce que Juif

    Nous n’oublions pas l’assassinat par de cruels et pervers criminels, d’un jeune homme, Ilan Halimi, il y a 16 ans.

    Nous n’oublions d’autant moins que depuis deux décennies, en Europe et ailleurs, mais d’abord pour nous en France, les actes antisémites et violences racistes, jusqu’aux actes criminels, perdurent et se développent encouragés par une extrême-droite prospérant sur le négationnisme et les discours de haine.

    Aucune complaisance ne peut être admise envers les criminels pas plus qu’envers ceux qui les utilisent.

    Sur l’assassinat d’Ilan Halimi, nous recommandons la lecture de l’excellent livre reportage d’Eve Szeftel: Le Maire et les barbares, Albin Michel, 2020. 288p.

    https://www.albin-michel.fr/le-maire-et-les-barbares-9782226448255

     

  • 76ème anniversaire de la libération des camps d’Auschwitz-Birkenau et journée internationale en mémoire des victimes de la Shoah de l’Organisation des Nations Unies

    Le 27 janvier 1945, dans la matinée, une avant-garde à cheval d’éclaireurs soviétiques arrive dans la zone du complexe d’Auschwitz et découvre le camp et complexe industriel d’Auschwitz-III Monowitz. Dans l’après-midi sont atteints, les camps d’extermination  d’Auschwitz-Birkenau puis le camp principal d’Auschwitz-I, ancienne caserne, sont atteints.

    Le témoignage de ces combattants, choqués de découvrir près de 7.000 survivants dont 200 enfants rescapés, est poignant.

    À l’approche du front,  les nazis avaient engagé, comme dans les autres camps, des opérations de destruction des preuves de leurs crimes et contraint, jusqu’au 20 janvier, 58.000 détenus déjà extenués et affaiblis à quitter le camp, à pied, sur des routes enneigées et sous leur garde impitoyable vers d’autres camps de concentration plus au centre de l’Allemagne. Dans ces “marches de la mort” les détenus exténués, tombés ou achevés par les SS, meurent par milliers.

    Depuis 2005, la date de la libération du camp d’Auschwitz a été décretée par l’O.N.U. journée internationale en mémoire des victimes de la Shoah.

     

  • Maurice Cling

    MauriceCling
    Maurice Cling

    Maurice Cling s’est éteint lundi 23 novembre 2020 au matin. Lui qui aimait tant les mots et la précision n’aurait pas aimé qu’on euphémise la mort et nous aurait repris sur le terme si on lui avait fait lire ce faire-part pour approbation. Mais Maurice était lumineux. Il était notre phare. Son regard toujours tourné vers l’avenir puisait dans le passé des ressources inestimables, d’analyse et de réflexion sans cesse réactivées.

    Depuis 75 ans et son retour de déportation, il considérait que chaque jour supplémentaire en vie était une victoire sur les nazis qui avaient massacré notre famille et auxquels il avait miraculeusement survécu. Arrêté dans sa classe le jour de son 15e anniversaire en mai 1944, c’est avec son frère aîné, Willy, âgé d’à peine 17 ans, sa mère, Simone, 41 ans et son père, Jacques, 50 ans, immigré de longue date, d’origine roumaine, naturalisé français, ancien combattant volontaire de la Grande Guerre, plusieurs fois décoré, qu’il est interné à Drancy puis déporté le 20 mai 1944 par le convoi n°74.

    Projeté dans un monde dans lequel il ne comprenait rien, où les valeurs étaient l’exact opposé de celles dans lesquelles il avait grandi, Babel de langues incompréhensibles, Maurice Cling a fait des mots une de ses raisons d’être, devenant linguiste après avoir fait des études de langues française et anglaise. Actif durant des décennies à l’Amicale d’Auschwitz, puis à la FNDIRP (Fédération nationale des déportés, internés, résistants et patriotes) dont il deviendra président-délégué, il est resté jusqu’à très récemment membre du conseil d’administration de la Fondation pour la mémoire de la Déportation. En 1999, le livre qu’il a écrit pour témoigner de son expérience concentrationnaire commence par ces mots :

    « Le sentiment du devoir impérieux de transmettre ce passé capital s’est imposé à moi avec de plus en plus de force au fil des années. (…) Je suis probablement le seul survivant, un demi-siècle plus tard, à pouvoir témoigner, par exemple, de mon frère Willy, d’Éva, des « politiques » français d’Auschwitz et de Dachau que j’ai connus. Je tiens leur mémoire entre mes mains et s’ils revivent ici, je n’aurai pas été sauvé en vain. »

    Maurice a commencé à témoigner au début des années soixante et n’a pas cessé depuis qu’il a pris sa retraite à la fin des années quatre-vingt. Malgré la maladie de Parkinson qui l’affaiblissait de mois en mois, son énergie et sa capacité d’indignation sont restées intactes. Avec la conviction chevillée au corps que sa vie n’avait de sens que s’il continuait à militer pour la mémoire de déportation, il a continué à témoigner, l’an dernier en langue anglaise pour la BBC et peu de temps avant le confinement dans un établissement scolaire voisin des Invalides. De son expérience, Maurice a retiré une volonté farouche de comprendre, s’inscrivant en faux contre ceux qui tentent d’évacuer Auschwitz hors de l’Histoire, hors des luttes séculaires et de la sphère de l’intelligibilité, en évitant par là même de s’interroger sur la complexité des enchaînements historiques et sur l’ensemble des responsabilités.

    En 2016, invité avec Paulette Sarcey par l’Institut d’Histoire Sociale Métallurgie, quand il est questionné sur ce qui motive son militantisme et les raisons pour lesquelles il continue à témoigner aujourd’hui, il répond : « On parle beaucoup d’Auschwitz, parfois plus que de la Résistance, mais on ne parle pas des causes de la Shoah (« catastrophe » en hébreu). Après la Première Guerre mondiale, on a parlé de la «der des der », puis après la deuxième, on a dit « plus jamais ça ! », mais on ne parle pas des causes de ces guerres. Cette question est pourtant capitale si l’on veut éviter qu’elles se reproduisent. Si l’on ne parle pas de Munich et du Front Populaire, on ne peut pas comprendre ce qui s’est passé à Vichy. Or les mêmes causes produisant les mêmes effets, cela risque de se reproduire mais en pire.

    Les nazis ont en effet été arrêtés dans leur élan par la coalition anti-fasciste mais s’ils ne l’avaient pas été, il y aurait eu des millions de morts supplémentaires. Avec les évolutions technologiques, on imagine donc facilement ce que pourraient faire les « héritiers » des nazis. (…)

    Imaginer Maurice éteint ? Peut-on finalement choisir idée plus saugrenue ?

    Willy, Jean-Pierre et Daniel Cling

    Publié dans le n°381 de la Presse Nouvelle Magazine

  • CECILE ROL-TANGUY, grande figure de la Résistance, nous a quittés le 8 mai 2020

    Cécile Rol-Tanguy, le 9 avril 2005. Photo Francine Bajande

    Le Comité parisien de la Libération (COPIL), dont l’UJRE est membre, nous informe du décès de Cécile Rol Tanguy survenu ce 8 mai alors que nous célébrions tous le 75ème anniversaire de la victoire sur le nazisme. Nous reproduisons ci-dessous le communiqué de la famille que nous avons reçu à cette occasion et qui retrace la longue vie de résistance et de lutte qu’elle mena aux côtés de Henri Rol-Tanguy, chef des FFI d’Île de France. Elle l’avait rencontré alors que tous deux participaient à la campagne de solidarité avec l’Espagne républicaine. Ils étaient ensemble au poste de commandement de Rol, place Denfert-Rochereau, pendant les combats de la libération de Paris. C’est elle qui dactylographia l’appel à l’insurrection : Tous aux barricades !

    L’UJRE adresse ses condoléances à la famille de Cécile et à tous ses proches.

    La famille Rol-Tanguy communique:

    Née Cécile LE BIHAN le 10 avril 1919, elle était la fille unique de François LE BIHAN, ouvrier électricien, militant du Parti Communiste Français depuis sa création en 1920 et dirigeant syndical de la CGT, déporté-résistant mort à Auschwitz en 1943 et de Germaine JAGANET, femme au foyer et résistante, elle aussi. L’engagement de Cécile ROL-TANGUY date de 1936, du Front Populaire et de la guerre d’Espagne.

    C’est au Syndicat des Métaux CGT de Paris, où elle est employée, qu’elle rencontre Henri TANGUY, dirigeant des métallos parisiens, combattant volontaire dans les Brigades Internationales aux côtés de la République espagnole attaquée par Franco. Ils se marient en 1939, juste avant la guerre durant laquelle il est mobilisé en première ligne.

    Dès la fin juin 1940, alors qu’elle vient de perdre leur premier enfant, Françoise, le jour de l’entrée de la Wehrmacht dans Paris, elle rejoint ce qui deviendra la Résistance. Elle tape des tracts, des journaux syndicaux et autres documents illégaux de la CGT interdite et travaille pour les avocats communistes qui défendent les premiers emprisonnés du régime de Vichy.

    Le 18 août 1940, elle accueille Henri TANGUY à Paris, tout juste démobilisé. Le jour même, elle le met en contact avec les cadres clandestins de la CGT. Quatre ans plus tard, jour pour jour, elle tapera l’ordre de l’insurrection parisienne que son mari – devenu le colonel ROL, Chef militaire régional des FFI de l’Ile de France – lui dictera à l’aube de la semaine insurrectionnelle victorieuse de la capitale.

    Entretemps, le couple a plongé dans la clandestinité dès octobre 1940. Elle vivra alors, aux côtés de son époux dont elle est l’agent de liaison, la vie clandestine des résistants. Elle donnera aussi le jour – en mai 1941 et novembre 1943 – à deux enfants, Hélène et Jean.

    Elle participera à la semaine insurrectionnelle de Paris du 19 au 26 août 1944, au cœur de la décision et de l’action, dans le PC souterrain du Colonel ROL, sous la place Denfert-Rochereau. Elle sera la seule femme présente quand le Général De Gaulle recevra l’État-Major des FFI d’Île-de-France, le 26 août 1944 à l’Hôtel de Ville. Cécile et Henri Rol-Tanguy, avec Lucie et Raymond Aubrac, resteront comme les deux couples symboles de la Résistance intérieure française. Après-guerre, elle donnera naissance à deux autres enfants, Claire (1946) et Francis (1953) et demeurera l’indispensable collaboratrice de son mari.

    Jusqu’à son dernier souffle, Cécile ROL-TANGUY témoignera de sa fidélité à l’utopie généreuse du communisme, à ses engagements de jeunesse pour la justice sociale et l’émancipation des femmes.

    À la suite de son mari, décédé en 2002, Cécile était également Présidente de l’ANACR (Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance) et Présidente d’Honneur de l’ACER/AVER (Amis des Combattants en Espagne Républicaine / Amicale des Volontaires en Espagne Républicaine). Jusqu’en 2014, elle animera régulièrement des échanges sur la Résistance avec des collégiens et lycéens. Enfin, en août 2019, elle assistera aux cérémonies du 75 e anniversaire de la Libération de Paris.

    Monteaux, le 8 mai 2020